La gosse, Nadia DAAM explore l'adolescence et la parentalité solo
Parentalité · Lecture
Mères, filles et tempêtes d'adolescence : ce que Nadia Daam nous apprend sur la parentalité solo
Dans La gosse, Nadia Daam retrace l'expérience d'élever seule une fille qui devient adolescente. Un miroir, à vif.
Être mère, ce n'est jamais simple. Mais élever seule une fille qui devient adolescente, c'est parfois se retrouver face à un miroir, à vif. Dans La gosse, Nadia Daam retrace ce chemin, entre amour inconditionnel, contradictions intimes et fatigue d'être toujours la seule adulte à bord. Un récit vibrant, à la fois pudique et frontal, où beaucoup de parents se reconnaîtront — surtout celles et ceux qui, comme elle, n'avaient pas prévu d'écrire une histoire à deux voix.
Un enfant de mon espèce
Quand elle apprend qu'elle attend une fille, la jeune Nadia pense que ce sera plus facile. Moins exotique, plus familier. "Un enfant de mon espèce", dit-elle. Mais derrière cette intuition se cache déjà une illusion : celle de croire que connaître l'univers féminin suffirait à maîtriser la parentalité. À 26 ans, dans un petit studio parisien, sans réelle stabilité professionnelle, elle s'élance avec une joie débordante, teintée d'un brin d'inconscience.
Quand l'adoration bascule
L'enfant grandit. Elle devient adolescente. Et l'adoration bascule. La mère aimée devient agaçante, embarrassante. Sa voix dérange, sa présence étouffe. Il ne s'agit pas de désamour, mais de ce moment très particulier où un enfant commence à se construire contre. Une période de mélancolie soudaine, de regards froids, de silences qui blessent.
Pour Nadia Daam, c'est le début d'une redoutable impuissance : celle de voir son enfant se débattre sans savoir comment l'aider. Celle de se sentir disqualifiée, malgré tous les efforts.
Chaque décision pèse davantage
Quand on élève seule, chaque décision pèse davantage. Il n'y a pas de garde-fou, pas de relais, pas d'autre voix pour équilibrer la sienne. Et quand on se trompe, on est seul·e à porter la responsabilité. Pourtant, Nadia l'assume : mieux vaut être seule à décider que devoir composer. Mais cette liberté a un prix.
Elle oblige à affronter ses contradictions, surtout quand on se veut féministe et qu'on se découvre inquiète devant la tenue choisie par sa fille. Pas pour des raisons morales, mais parce qu'une jupe ou un crop top, aujourd'hui encore, peut exposer davantage une adolescente dans l'espace public. Et ça, aucune théorie ne prépare à l'angoisse.
Ce que l'on transmet malgré soi
Ce livre raconte aussi ce qu'on transmet malgré soi. Les complexes qu'on pensait avoir enterrés, le rapport au corps, à la nourriture, au regard des autres. Nadia pensait avoir donné à sa fille une éducation "body positive". Elle découvre que celle-ci a tout vu, tout entendu : les régimes discrets, la balance cachée, les phrases qu'on ne voulait pas prononcer mais qui ont laissé des traces. Ce que l'on veut corriger chez l'enfant est souvent ce que l'on n'a pas su réparer en soi.
Il est aussi beaucoup question d'amour dans La gosse. Quel couple donne-t-on à voir quand on élève seule ? Quelle vision de la relation amoureuse transmet-on quand on a connu les séparations, les doutes, les maladresses ? Nadia interroge ce qu'elle a pu léguer à sa fille — et ce qu'elle espère ne pas lui avoir transmis.
Une note d'espoir : la sororité
Mais au cœur de ce récit, il y a une chose qui change. Ce mot longtemps flou, presque galvaudé : sororité. Elle le voit aujourd'hui chez sa fille et ses amies. Moins de rivalités, plus de soutien. Une envie de se hisser ensemble, là où les générations précédentes de femmes se sentaient en concurrence. Ce regard-là rassure. Il donne du sens au chemin parcouru.
Un journal, pas un manuel
La gosse n'est pas un manuel d'éducation. C'est un journal. Un regard lucide et tendre sur une vie de famille qui ne ressemble à aucune autre — mais qui, dans ses détails, parle à beaucoup. Nadia Daam ne cherche pas à donner des leçons. Elle tend juste un miroir, sans filtre, où se reflète ce que c'est qu'être mère aujourd'hui. Être mère d'une fille. Et apprendre, chaque jour, à tirer doucement sur la corde, sans la casser.
