Colorations capillaires : ce qu'il y a vraiment dans le flacon

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Pour aller plus loin

Le cheveu est une structure kératinisée organisée en trois couches concentriques. La cuticule, la plus externe, est formée d'écailles plates qui se recouvrent comme les tuiles d'un toit et orientées vers la pointe. Elle protège les couches internes et détermine largement la brillance et le toucher. Le cortex, situé en dessous, constitue l'essentiel du volume de la fibre : il contient les chaînes de kératine, les liaisons qui assurent la résistance mécanique, et les granules de mélanine responsables de la couleur. La médulla, canal central, est inconstante et absente de nombreux cheveux fins.

La couleur naturelle résulte de la proportion et de la répartition de deux types de mélanine. L'eumélanine, brun-noir, domine dans les cheveux foncés. La phéomélanine, jaune-rouge, prédomine dans les cheveux blonds et roux. Ces pigments sont synthétisés par des mélanocytes situés à la base du follicule pileux et transférés aux cellules qui formeront la tige. Le blanchiment progressif de la chevelure correspond à une réduction puis à un arrêt de cette production, la fibre poussant alors dépourvue de pigment ; l'aspect gris d'une chevelure est un effet d'optique produit par le mélange de cheveux pigmentés et de cheveux blancs.

Les colorations capillaires se classent selon la profondeur d'action et la tenue. Les colorations temporaires déposent des pigments à la surface de la cuticule ; elles disparaissent en un à deux shampooings. Les colorations semi-permanentes, ou colorations directes, utilisent des molécules colorées suffisamment petites pour diffuser dans la cuticule et la périphérie du cortex ; elles tiennent quelques lavages. Les colorations permanentes, dites d'oxydation, font pénétrer dans le cortex des molécules incolores qui y réagissent entre elles pour former de gros pigments, trop volumineux pour ressortir. Les colorations progressives, enfin, construisent la teinte par applications répétées.

Le cadre juridique applicable est le règlement européen relatif aux produits cosmétiques. Il fonctionne par annexes : la liste des substances interdites, celle des substances soumises à restrictions avec leurs concentrations maximales et leurs conditions d'emploi, et les listes de colorants, conservateurs et filtres ultraviolets autorisés. Les colorants capillaires font l'objet d'une stratégie d'évaluation spécifique, chaque substance devant être examinée par le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs avant d'être autorisée, avec les concentrations et les mentions d'avertissement associées.

Les allégations portées par un produit cosmétique relèvent d'un règlement distinct, qui fixe des critères communs. Une allégation doit notamment être conforme à la réglementation, véridique, étayée par des éléments de preuve détenus par le responsable de la mise sur le marché, honnête et loyale, et permettre au consommateur de décider en connaissance de cause. Ces critères s'appliquent à toutes les formes de communication : emballage, notice, site internet, publicité. Une allégation de type « sans » est encadrée : elle ne doit ni dénigrer une substance légalement utilisée, ni suggérer un avantage que le produit ne procure pas.

L'étiquetage obéit à la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques. Les ingrédients y sont listés par ordre de poids décroissant jusqu'à 1 % de la formule, l'ordre étant libre en dessous de ce seuil. Les noms latins désignent les extraits végétaux, les dénominations anglaises ou chimiques le reste. Les colorants apparaissent en fin de liste sous leur index couleur, précédés de la mention correspondante. Certaines substances allergisantes de parfum doivent être déclarées nommément au-delà de seuils fixés. Enfin, les produits de coloration capillaire portent des mentions d'avertissement obligatoires, dont la recommandation de ne pas colorer les cheveux en cas de réaction antérieure et l'indication qu'ils ne sont pas destinés aux personnes de moins de seize ans.

Cosmétique

Colorations capillaires : ce qu'il y a vraiment dans le flacon

Une coloration permanente ne dépose pas de la couleur sur le cheveu. Elle ouvre la fibre, efface le pigment existant, puis en fabrique un nouveau à l'intérieur. Trois opérations, trois familles d'ingrédients.

Vous retournez la boîte devant le rayon, vous lisez « sans ammoniaque » en gros et une liste de vingt-cinq lignes en petit. La question n'est pas de savoir si c'est chimique — tout l'est — mais ce que fait chaque ingrédient.

Une coloration permanente repose sur trois fonctions. Un agent alcalinisant, ammoniaque ou éthanolamine, fait gonfler la fibre et écarte les écailles de la cuticule pour rendre le cheveu perméable. Un oxydant, le peroxyde d'hydrogène, décolore la mélanine naturelle et amorce la réaction. Des précurseurs et des coupleurs, molécules incolores au départ, pénètrent dans le cortex et y réagissent entre eux pour former de gros pigments qui ne peuvent plus ressortir. Autour de ce trio gravitent des solvants, des agents complexants, des tensioactifs, des conservateurs et des parfums. Ce sont les précurseurs, en particulier la paraphénylènediamine et ses apparentés, qui portent l'essentiel du risque allergique.

Comment une coloration permanente agit-elle sur le cheveu ?

En trois temps, qui se déroulent simultanément dans le bol que vous venez de mélanger.

Premier temps, l'ouverture. L'agent alcalinisant élève le pH de la préparation. Le cheveu gonfle, les écailles de la cuticule s'écartent, la fibre devient perméable aux molécules qui doivent atteindre le cortex. Sans cette étape, aucune coloration durable n'est possible.

Deuxième temps, l'effacement. Le peroxyde d'hydrogène oxyde la mélanine naturelle présente dans le cortex et l'éclaircit. C'est ce qui permet d'obtenir une teinte plus claire que la couleur de départ, et d'assurer un rendu homogène sur une chevelure mêlant cheveux pigmentés et cheveux blancs.

Troisième temps, la construction. Les précurseurs, incolores, pénètrent dans le cortex, où le peroxyde déclenche leur oxydation. Ils réagissent alors avec les coupleurs pour former des molécules colorées beaucoup plus volumineuses. Trop grosses pour ressortir par la cuticule refermée, elles restent enfermées dans la fibre : c'est ce qui rend la coloration permanente.

La conséquence sur la fibre

Ce procédé implique nécessairement une ouverture de la cuticule et une oxydation du cortex. C'est la contrepartie mécanique de la tenue. Les soins post-coloration visent à refermer la cuticule et à limiter la porosité qui en résulte.

« Sans ammoniaque » : qu'est-ce que cela change réellement ?

Moins que ce que la mention laisse entendre, et il vaut mieux le savoir avant d'y mettre le prix.

Une coloration permanente a besoin d'un agent alcalinisant. Retirer l'ammoniaque suppose donc de la remplacer, le plus souvent par de l'éthanolamine ou un composé apparenté. La fonction reste identique : élever le pH et ouvrir la cuticule.

La vraie différence tient à la volatilité. L'ammoniaque s'évapore, d'où l'odeur piquante et l'irritation des voies respiratoires et des yeux pendant la pose. L'éthanolamine est nettement moins volatile : le confort d'utilisation s'améliore réellement. En revanche, moins volatile signifie aussi qu'elle reste plus longtemps sur le cheveu, et son pouvoir éclaircissant est généralement plus faible, ce qui conduit parfois à augmenter la concentration d'oxydant.

« Sans ammoniaque » est donc une information exacte sur le confort, pas une garantie de douceur pour la fibre.

Quels ingrédients posent un problème d'allergie ?

Ce sont les précurseurs, et le mécanisme mérite d'être compris parce qu'il est irréversible.

La paraphénylènediamine, le toluène-2,5-diamine et plusieurs molécules de la même famille figurent parmi les sensibilisants les mieux documentés en cosmétique. Le résorcinol, utilisé comme coupleur, est également concerné. Tous sont autorisés dans l'Union européenne, mais sous restrictions : concentrations maximales, conditions d'emploi et mentions d'avertissement obligatoires fixées par le règlement cosmétique.

Avis médical

Une sensibilisation allergique à ces substances est durable et peut se manifester lors d'une utilisation ultérieure, y compris avec un produit d'une autre marque, du fait de réactions croisées. Les notices de coloration recommandent la réalisation d'un test préalable sur une petite zone de peau avant chaque application. En cas de réaction lors d'une coloration antérieure — démangeaisons, rougeurs, gonflement, éruption —, ne renouvelez pas l'application et consultez un médecin ou un dermatologue.

Deux autres familles complètent le tableau. Les agents complexants, présents à faible dose, neutralisent les traces métalliques susceptibles de réagir avec le peroxyde. Les parfums, enfin, contiennent des substances allergisantes dont certaines doivent être déclarées nommément sur l'étiquette au-delà de seuils réglementaires.

Que garantit exactement le terme « coloration végétale » ?

Rien de défini juridiquement, et c'est précisément le problème.

L'expression n'a pas de définition réglementaire. Elle peut désigner un produit composé uniquement de poudres de plantes, comme elle peut qualifier une formule mixte associant des extraits végétaux à des colorants de synthèse. Seule la liste des ingrédients permet de trancher.

Ce que fait une vraie coloration de plantes

Elle dépose des pigments sur et dans la cuticule, sans oxydation ni ouverture forcée de la fibre. Elle ne peut donc pas éclaircir : elle se superpose à la couleur existante, ce qui explique les résultats variables selon la base de départ. Elle s'estompe au fil des shampooings. Le lawsone du henné et l'indigo en sont les colorants principaux.

Végétal ne signifie pas dépourvu de risque allergique : l'indigo est un sensibilisant reconnu. Un point de vigilance supplémentaire concerne les préparations vendues sous l'appellation « henné noir » : des cas d'adultération par ajout de paraphénylènediamine ont été documentés, à des concentrations parfois très supérieures à celles autorisées en coloration capillaire.

Comment fonctionnent les repigmentants progressifs ?

C'est la troisième voie, la moins connue, et celle sur laquelle circule le plus d'approximations.

Ces produits se présentent en lotion ou en crème et s'appliquent de façon répétée, souvent quotidiennement au début puis en entretien. Ils n'emploient ni alcalinisant ni peroxyde : il n'y a donc ni ouverture forcée de la cuticule, ni oxydation du cortex, ni éclaircissement possible. La teinte n'apparaît pas immédiatement mais se construit par accumulation, sur deux à trois semaines d'applications selon les dossiers d'évaluation soumis aux autorités européennes.

Le principe repose sur un sel métallique. Le plus documenté est le citrate de bismuth. Il pénètre dans la fibre où il se transforme progressivement, au contact du soufre présent dans la kératine, en composés sombres qui s'accumulent et foncent le cheveu au fil des applications.

Le point à ne pas confondre

Ce mécanisme dépose et développe un pigment dans la fibre. Il ne relance pas la production de mélanine par les mélanocytes, et il ne restitue pas la couleur d'origine au sens biologique du terme. C'est une raison de plus d'être attentif au vocabulaire : le citrate de bismuth a été évalué par le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs au titre de la stratégie applicable aux colorants capillaires, pour un usage en coloration progressive non oxydante ; les bases de données d'ingrédients cosmétiques lui attribuent la fonction de coloration du cheveu, et l'agence américaine du médicament l'autorise comme additif de coloration pour les cheveux du cuir chevelu, dans une limite de 0,5 % du produit fini.

Autrement dit : cette catégorie constitue bien une coloration douce, sans oxydation, sans alcalinisant et sans précurseurs de type paraphénylènediamine — ce qui est un avantage réel et vérifiable. Mais un produit de ce type est réglementairement un produit de coloration. Une formule présentée comme ne contenant « aucun agent de coloration » mérite que vous alliez vérifier sa liste d'ingrédients.

Comment lire l'étiquette d'une coloration ?

Quatre réflexes suffisent à savoir à quoi vous avez affaire.

Ce que vous cherchezCe que vous lisez sur la liste
Un alcalinisantAmmonium hydroxide, ethanolamine, ou un composé apparenté
Un oxydantHydrogen peroxide, présent dans le révélateur
Des précurseursDes noms en -diamine ou -aminophenol, et resorcinol comme coupleur
Une coloration de plantesDes noms latins de poudres végétales, sans aucun des trois précédents
Un repigmentant progressifBismuth citrate, sans alcalinisant ni peroxyde

Rappel de méthode : les ingrédients sont classés par masse décroissante jusqu'à 1 % de la formule. Au-delà de ce seuil, l'ordre devient libre — ce qui explique qu'un actif mis en avant sur la face avant puisse figurer en fin de liste.

Une allégation « sans » ne vous dispense jamais de lire la liste : elle vous dit ce qui est absent, jamais ce qui l'a remplacé.

Questions fréquentes

Une coloration sans ammoniaque est-elle moins agressive ?
Elle est surtout moins odorante et moins irritante pour les yeux et les voies respiratoires pendant la pose, car l'ammoniaque est volatile. Mais une coloration permanente nécessite un agent alcalinisant : il est simplement remplacé, le plus souvent par de l'éthanolamine, dont la fonction sur la cuticule est la même. La mention porte sur le confort d'usage, pas sur l'effet subi par la fibre.
Une coloration végétale peut-elle éclaircir les cheveux ?
Non. Une coloration de plantes dépose des pigments sans oxyder la mélanine naturelle : elle se superpose à la couleur existante et ne peut donc que la foncer ou la nuancer. L'éclaircissement suppose une oxydation, donc un produit de type permanent.
Un repigmentant progressif est-il une coloration ?
Réglementairement, oui. Ces produits reposent sur un sel métallique — le citrate de bismuth étant le plus documenté — évalué par le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs au titre de la stratégie applicable aux colorants capillaires, pour un usage en coloration progressive non oxydante. Ils se distinguent des colorations permanentes par l'absence d'alcalinisant, d'oxydant et de précurseurs de type paraphénylènediamine, et par un résultat qui se construit sur plusieurs applications.
Faut-il faire un test avant chaque coloration ?
Les notices des produits de coloration recommandent la réalisation d'un test préalable sur une petite zone de peau avant chaque application, y compris si vous utilisez le même produit depuis longtemps. Une sensibilisation peut apparaître à tout moment, et elle est durable.
Le « henné noir » est-il une coloration végétale ?
Pas nécessairement. Des cas d'adultération de préparations vendues sous cette appellation par ajout de paraphénylènediamine ont été documentés, parfois à des concentrations très supérieures à celles autorisées en coloration capillaire. La seule vérification possible reste la lecture de la liste complète des ingrédients sur un produit régulièrement étiqueté.

Prenez soin de vous.

L'équipe Biocenter

Information importante

Cet article a une vocation informative et encyclopédique. Il décrit des catégories de produits et des mécanismes, sans porter d'appréciation sur une formule commerciale particulière. Sources : règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques et ses annexes ; règlement (UE) n° 655/2013 établissant les critères communs auxquels doivent répondre les allégations cosmétiques ; avis du Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs relatif au citrate de bismuth ; base d'ingrédients COSMILE Europe ; Food and Drug Administration pour le statut d'additif de coloration du citrate de bismuth. En cas d'antécédent de réaction à une coloration, ou de doute sur une tolérance, demandez conseil à un médecin ou à un dermatologue.

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